Introduction :
Le Grand Bleu de Luc Besson reste l’un des films français les plus marquants de la fin des années 1980. Entre fascination pour les profondeurs, amitié, quête de l’absolu et puissance esthétique, le film a profondément marqué toute une génération.
Pour Diego De la Fuintes, auteur-réalisateur et scénariste, Le Grand Bleu représente surtout une œuvre capable de provoquer une véritable expérience sensorielle. Mais derrière cette réussite se cache également une interrogation : le film aurait-il pu être encore plus puissant avec un dénouement plus épuré ?
Le triomphe du public face au rejet critique
En mai 1988, l’ouverture du Festival de Cannes réserve à Luc Besson un accueil particulièrement violent. Le Grand Bleu est hué et sévèrement critiqué par une partie de la presse présente sur la Croisette.
Pourtant, le public va rapidement apporter une réponse radicalement différente.
Avec plusieurs millions d’entrées en France, le film devient un véritable phénomène populaire et générationnel. Son univers, ses images sous-marines et sa bande originale contribuent à créer une expérience cinématographique qui dépasse largement les frontières du cinéma traditionnel.
Pour Diego De la Fuintes, cette opposition entre critique et public pose une question essentielle : faut-il toujours considérer le regard institutionnel comme supérieur à celui du spectateur ?
Un film peut être imparfait sur le plan narratif et pourtant toucher profondément son public.
C’est précisément ce qui fait la force du Grand Bleu.
Une œuvre portée par la contemplation
Pendant près de deux heures et demie dans sa version longue, le film assume un rythme qui pourrait aujourd’hui sembler inhabituel.
Luc Besson ne cherche pas constamment à accélérer l’action. Il laisse respirer les images, les personnages et surtout l’océan.
Cette lenteur devient progressivement une composante essentielle du film.
Le spectateur n’est plus simplement invité à suivre une histoire : il est immergé dans un univers.
Les silences, les paysages sous-marins, la musique d’Éric Serra et les longues séquences contemplatives participent à cette sensation presque hypnotique.
Pour un réalisateur, cette construction est particulièrement intéressante : le rythme ne repose pas uniquement sur le montage ou les dialogues. Il repose également sur l’atmosphère.
Et c’est probablement là que Le Grand Bleu possède l’une de ses plus grandes forces.
Le dernier quart d’heure : lorsque le film en fait trop
C’est pourtant dans les dernières minutes que Diego De la Fuintes identifie la principale faiblesse du film.
Après avoir consacré une grande partie de son récit à installer progressivement son univers et sa relation particulière à l’océan, le film semble soudain vouloir concentrer plusieurs bouleversements émotionnels en quelques minutes.
La perte d’Enzo constitue évidemment un moment majeur.
La séquence est bouleversante : Jacques est confronté à la disparition de son ami et à cette mer qui représente simultanément son refuge, son obsession et son destin.
Mais d’autres éléments viennent ensuite s’enchaîner très rapidement.
La perte d’Enzo
La disparition d’Enzo est probablement l’un des moments les plus puissants du film.
Elle donne à Jacques une raison supplémentaire de se confronter à ce qui l’attire depuis toujours : les profondeurs.
Le deuil aurait peut-être mérité davantage de respiration avant que le récit ne poursuive son inexorable descente.
L’hallucination dans la chambre
La séquence de la chambre constitue une idée visuelle particulièrement forte.
Elle matérialise l’appel du monde sous-marin et cette impossibilité pour Jacques de véritablement appartenir au monde terrestre.
Mais son arrivée intervient dans un espace narratif déjà fortement chargé émotionnellement.
Pour Diego De la Fuintes, le problème n’est donc pas nécessairement la scène elle-même, mais sa proximité avec les autres événements du dénouement.
L’annonce de la grossesse
C’est probablement le choix scénaristique qui appelle le plus de réserves.
L’annonce de la grossesse ajoute une dimension mélodramatique à une histoire qui fonctionnait jusque-là principalement autour de la quête existentielle de Jacques.
Elle introduit soudain une responsabilité terrestre et familiale dans un récit qui reposait précisément sur l’opposition entre le monde des hommes et l’appel de l’océan.
Selon Diego De la Fuintes, cet élément aurait pu être évité ou traité différemment afin de préserver la dimension mystique et presque philosophique du parcours de Jacques.
Le dernier plongeon
Puis vient le grand départ.
Jacques retourne vers les profondeurs, dans une séquence devenue emblématique du cinéma français.
L’idée est puissante : l’homme choisit finalement ce qui l’attire depuis toujours.
Mais le problème réside dans l’accumulation des événements qui précèdent immédiatement cette scène.
Deuil, hallucination, grossesse et départ définitif se succèdent avec une telle proximité que l’émotion peut finir par perdre une partie de sa force.
Et si le film avait été plus épuré ?
C’est finalement la question que pose l’analyse de Diego De la Fuintes.
Et si Le Grand Bleu avait gagné en puissance en retirant certains éléments de son dernier acte ?
En donnant davantage de temps au deuil d’Enzo.
En laissant respirer l’hallucination.
En supprimant ou en repensant l’annonce de la grossesse.
Et surtout en laissant le dernier plongeon exister presque seul, comme l’aboutissement naturel de toute la quête de Jacques.
Le film aurait peut-être gagné en sobriété ce qu’il aurait perdu en explication.
Une œuvre imparfaite mais profondément cinématographique
Malgré ces réserves, Le Grand Bleu demeure pour Diego De la Fuintes une œuvre majeure.
Parce qu’un grand film n’est pas nécessairement un film parfait.
C’est un film qui laisse une trace.
Et près de quarante ans après sa sortie, Le Grand Bleu continue de provoquer des débats, de fasciner par ses images et de questionner notre rapport à l’absolu, à l’amitié, à la mort et à la liberté.
C’est peut-être précisément cette capacité à diviser et à faire ressentir qui constitue sa véritable réussite.
Diego De la Fuintes, auteur-réalisateur, scénariste et photographe professionnel, poursuit lui aussi une démarche artistique fondée sur l’image, la mise en scène et la recherche d’une émotion cinématographique.
Conclusion :
Le Grand Bleu n’est peut-être pas un film parfait. Mais il possède quelque chose de beaucoup plus rare : une identité.
Et lorsqu’un film possède une identité suffisamment forte pour continuer à faire parler de lui plusieurs décennies après sa sortie, c’est qu’il a déjà gagné une partie de son pari.
Pour Diego De la Fuintes, le véritable regret ne se situe donc pas dans l’existence du film, mais dans ces quelques dernières minutes qui auraient peut-être pu être davantage épurées.
Le Grand Bleu reste malgré tout un film qui se ressent autant qu’il se regarde.